Rapport #croissanceconnectée du Cnnum – Position CINOV-IT

Rapport #croissanceconnectée du Cnnum – Position CINOV-IT

 

Avant-propos : Soutenir et faciliter la transformation numérique des TPE/PME

 

Le Syndicat CINOV-IT regroupe des personnes morales dont le cœur de métier relève du domaine de l’Informatique et des Technologies de l’Information et de la Communication. Une attention toute particulière est accordée aux Indépendants, TPE, PME et PMI. Toutes les entreprises, et notamment les plus petites et les plus fragiles, doivent pouvoir se préparer pour faire leur transformation numérique et ensuite réaliser cette transition. Elles doivent pouvoir disposer d’un soutien à cet effet.

 

Revoir et amplifier le programme de transition numérique (PTN)  à destination TPE/PME

Lancé par le Gouvernement en 2012, le programme « Transition Numérique » avait pour ambition d’aider les TPE et les PME à s’approprier les nouveaux usages numériques et à intégrer ces technologies pour améliorer leur compétitivité. Notre syndicat avait pu saluer le lancement et le contenu de ce programme. Il mettait en avant que l’adoption efficiente de nouveaux usages des technologies relève d’une médiation entre les experts techniques et le corps social. L’expérience montre en effet la primauté d’un projet porteur de sens pour l’ensemble des parties prenantes dans l’adoption pertinente – ou non – des nouvelles technologies. Le « conseiller technologique » apporte son éclairage aux parties prenantes et contribue à l’orchestration du débat pour le faire aboutir. Nombreux sont les adhérents de notre syndicat dont le cœur de métier réside dans cette médiation.

 

Cependant, force est de constater que ce programme a pâti d’une faible mobilisation de la part du personnel politique et de la faiblesse des budgets alloués. A l’avenir, nous serons particulièrement vigilants quant à la mobilisation des pouvoirs publics, notamment financière et sur la déclinaison opérationnelle de ces recommandations. Une politique publique de cette importance et de cette ampleur se doit d’être incarnée et être portée politiquement par les plus hautes personnalités de l’Etat afin de créer une mobilisation générale, un mouvement d’entrainement et lutter contre les conservatismes et autres baronnies sclérosantes.

 

Un constat : 3 millions de TPE oubliées

 

Ainsi, après trois années, le bilan du Programme de Transition Numérique (PTN) est maigre. Les TPE et les petites PME n’ont structurellement pas réalisé de migration numérique d’envergure.

 

Il y a plusieurs raisons à cette situation :

  • La méconnaissance (par la TPE[1]) des enjeux et surtout du PTN lui-même.
  • La crainte de l’inconnu que représente, pour une TPE, la mise en place d’outils modernes numériques.
  • La disponibilité aléatoire de sources fiables pour trouver une expertise adaptée aux besoins de ces TPE afin d’une part de déterminer la solution qui convient le mieux aux attentes de la TPE et d’autre part de choisir un ou des prestataires de confiance.
  • L’absence de dispositifs de financement adaptés à la migration numérique d’une TPE.

 

#Croissanceconnectée, de bonnes idées mais une vision initiale restrictive

Face à cette situation, CINOV-IT s’est réjoui de la saisine du Cnnum sur ce sujet en 2016, des débats engagés et des propositions ayant émergé. Notre syndicat a participé avec intérêt et conviction à l’ensemble du processus ayant permis la rédaction du rapport #croissanceconnectée, remis en mars 2017.

Nous ferons ici quelques remarques initiales avant de reprendre et commenter les propositions de ce rapport.

  • La publication de ce rapport en fin de mandat, et les atermoiements constatés autour de celle-ci, confirme notre sentiment général sur le désintérêt global du gouvernement sortant pour la thématique de la transformation numérique des TPE/PME. Encore 5 années de perdues pour une cause qui devrait mobiliser l’ensemble de l’appareil d’Etat. Nous espérons toutefois que la mobilisation de notre écosystème ne faiblira pas et que les travaux initiés par celui-ci seront repris par le prochain gouvernement en mai/juin 2017. Cette action publique se doit d’être relancée et portée au-delà de toute contingence et alternance politique. Elle répond certes à un besoin de notre secteur et de nos adhérents, mais elle représente également un intérêt évident pour l’ensemble de notre économie.

 

  • Un périmètre de la transition numérique trop restrictif. Nous ne reviendrons pas sur la difficulté de ce sujet. En effet, il est vaste, et recoupe des aspects techniques, humains et organisationnels d’ampleur. Cependant, le choix du Cnnum de circonscrire le sujet à la dimension commerciale/vente est aussi un appauvrissement. Nous aurions aimé davantage d’ambition, et une vision globale de ce mouvement. Cela aurait certainement influencé sur les propositions dévoilées, avec de nouvelles solutions et une hiérarchisation différente des priorités.

 

  1. Fédérer les acteurs autour d’une marque forte

Nous n’avons pas d’opposition de principe concernant cette proposition. Créer une ambition collective et construire un mouvement de mobilisation pour la transformation numérique des TPE/PME nous semblent opportuns compte tenu des enjeux. Nous avons pu observer avec intérêt le mouvement FrenchTech.

Cependant, les profils des entrepreneurs et des membres de l’écosystème sont assez différents, les capacités de mobilisation et d’appropriation certainement moindre. C’est une difficulté à prendre en compte lors de la constitution de la structure et de sa dotation, au risque de créer une marque gadget et sans profondeur.

  1. Créer un réseau d’accompagnement : les connecteurs du numérique

Derrière ce vocable de « Connecteurs », nous retrouvons une proposition que nous portions au sein du programme « Transition numérique », i.e des réseaux publics et partenaires de conseillers  mobilisés qui travaillent au quotidien avec les TPE et PME. Nous ne pouvons que saluer cette proposition de mettre en place ces deux réseaux d’accompagnement distincts, de bénévoles/évangélisateurs et de professionnels reconnus/labellisés.

  1. Mettre en place une plateforme de ressources personnalisées

Nous tenons à rappeler que des initiatives, notamment autour des centres de ressources du programme Transition numérique, existent dans les territoires et les régions. Il convient d’impliquer et d’intégrer ces organisations dans ce projet, et de mettre en réseau l’ensemble.

  1. Mettre en place un dispositif spécifique d’accompagnement pour l’e-internationalisation

Nous comprenons la présence de cette proposition parmi les 7 retenues du rapport compte tenu du parti pris initial du Cnnum. Dans notre vision plus large, nous estimons que cette proposition n’est pas prioritaire et est une conséquence du vaste plan de numérisation que nous appelons de nos vœux.

  1. Développer une aide financière régionale à destination des petites entreprises

Elément essentiel et clef pour la réussite de ce plan d’action, la question du financement doit être posée comme une condition sine qua non, et ces modalités être en phase avec le vécu d’un dirigeant d’entreprise. S’il est bon de mobiliser des financement étatiques et régionaux, il est bon également de s’intéresser aux ressources disponibles au niveau de l’Union européenne.

A cet égard, Cinov IT milite pour créer un mode de financement collectif pour monter les dossiers de la transformation numérique des TPE. Nous repartons de deux constants :

  • L’UE a prévu un fonds dédié à la transition numérique des TPE, fonds plafonné à 10 K€ par TPE. 
Cependant, ces TPE ne sont pas en mesure de bâtir un dossier de demande du fait de sa complexité. 
Nous proposons donc de monter des dossiers collectifs regroupant plusieurs demandes de TPE soit par métier soit par localisation géographique ou tous autres critères
  • Sauf exception, les organismes prêteurs ne savent pas (ou ne veulent pas) aller en dessous de 20 K€. Les besoins de nombreuses TPE de moins de 20 salariés sont, au moins pour la première brique », celle de démarrage, de l’ordre de 20/25 K€ en moyenne ; si on tient compte du fonds européen de 10 K€, il reste à financer une moyenne de 10/15 K€. Là encore le regroupement des dossiers permettrait de solliciter des organismes comme BPI France ou certaines banques ; ce regroupement pourrait coïncider judicieusement avec le précédent.
  1. Former les dirigeants et les collaborateurs chargés de porter la stratégie numérique de leur PME

Sur ce point, nous estimons que l’organisation proposée peut convenir à une PME déjà structurée et dotée de moyens déjà conséquents. Elle ne convient pas à des dirigeants d’entreprises de moins de 20 ou 30 salariés qui ne peuvent s’engager dans de tels processus. Il convient selon nous d’aller à la rencontre de ces dirigeants, en formant des personnes, des référents numériques, pour prêcher, évangéliser et les former.

  1. Expérimenter un statut de PME digitale pour soutenir l’évolution des compétences

Au-delà, de cette proposition, nous pensons que la mutualisation de compétence informatique entre plusieurs entreprises est à développer.

  • [1] Dans la suite, on désignera par « TPE » les indépendants, les artisans, les TPE et les petites PME.

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